Que se cache-t-il derrière la ruine?

Ruinas del foro romano, Roma, Italia. © Miguel Busto

Roma, Italia. © Miguel Busto

 A travers cet extrait du poème Ruinas de Salomé Ureña de Henríquez, écrit en 1876, nous nous approchons de la signification et du symbolisme des murs de ces constructions antiques, qui constituent le reste archéologique le plus visible et éternel. Elles sont une source quasi inépuisable d’informations. Les ruines.

 

Memorias venerandas de otros días,

soberbios monumentos,

del pasado esplendor reliquias frías,

donde el arte vertió sus fantasías,

donde el alma expresó sus pensamientos.

Al veros ¡ay! con rapidez que pasma

por la angustiada mente

que sueña con la gloria y se entusiasma

la bella historia de otra edad luciente.

¡Oh Quisqueya! Las ciencias agrupadas

te alzaron en sus hombros

del mundo a las atónitas miradas;

y hoy nos cuenta tus glorias olvidadas

la brisa que solloza en tus escombros.

(…) Que mientras sueño para ti una palma,

y al porvenir caminas,

no más se oprimirá de angustia el alma

cuando contemple en la callada calma

la majestad solemne de tus ruinas.

Ruinas del claustro (siglo XVII) del Monasterio de San Pedro de Montes en El Bierzo, León, España. © Miguel Busto

Ruines du cloître (XVIIe siècle) du monastère de San Pedro de Montes en El Berzo, Leon, Espagne © Miguel Busto

Les bâtiments abandonnés, détruits ou en ruines sont un rappel constant du passé. On peut observer et voir ce qu’une autre personne observait et voyait il y a des millénaires. Comme si nous avions été un écho de la destruction de la guerre, ou d’une époque meilleure. Les ruines sont les cicatrices d’une ville, et ce qui la rendent unique et différente des autres.

Andrea Palladio a analysé les ruines classiques et étudié consciencieusement l’œuvre de Vitruve, considérée comme étant l’héritage théorique le plus important de l’architecture romaine. Le fruit de ses investigations fut la publication du livre Le Antichità di Roma, un guide sur les ruines de la ville éternelle.

Les ruines ont enchanté une multitude de penseurs, architectes, peintres, écrivains… Le romantisme génère une espèce de nostalgie et attraction du passé, du surnaturel, et, pour autant, aussi des ruines. Elles nous invitent à méditer au détour de vieux monuments qui changèrent ce paysage en un décor et une scène d’un extraordinaire défilé de personnages.

Falsas ruinas en el metro de Estocolmo, Suecia. © Miguel Busto

Fausses ruines dans le métro de Stockholm, Suède © Miguel Busto

Il semble de fait que sur les ruines d’édifices antiques s’érigent et façonnent les bases de nouvelles constructions. Celles-ci s’immiscentà travers les murs plus anciens : elles les détruisent, ou en tirent profit.

La ruine témoigne des incalculables fois où la ville a été occupée, détruite et reconstruite à travers les siècles. Les fouilles archéologiques des villes ou des édifices en ruine révèlent des détails sur les techniques et modes de construction, la vie sociale, politique et économique d’un lieu déterminé.

Ainsi, l’étude de ces murs est sans aucun doute une source inépuisable d’informations, qui permet de connaître des aspects qui seraient autrement passés inaperçus.

L’archéologie est du domaine de l’étude de la ruine. Il existe une relation étroite entre le résidu archéologique visible, qui effleure la surface, et le territoire qui le contient, contemporain au moment de l’intervention.

Nous devons incorporer et lier ces deux réalités.

Ce lien se fera en analysant l’aptitude et le potentiel du recyclage de la ruine. Nonen nousarrêtant dans la simple consolidation de quelques murs en ruine d’une construction inconnue, mais sinon de lire dans ces « pierres » toutes les informations qui s’y cachent. Ainsi nous mettrons en valeur les restes de la construction antique en leur donnant un sens historique, archéologique et architectonique.

Ruina del Antiguo templo griego de Juno (V-VI a.C.), en el  Valle de los Templos, Agrigento, Sicilia. © Miguel Busto

Ruine du temple grec antique de June (V-VI av JC), dans la vallée des temples, Agrigente, Sicile © Miguel Busto

La ruine est un symbole qui a un double senspuisqu’elle est à la fois souvenir et oubli. A une époque où tout semble périssable et éphémère, la ruine et les restes archéologiques font résistance et permettent de nous laisser un héritage de l’expérience de ce qui fut autrefois.

Il peut rester très peu ou même rien des villages qui édifièrent ce qui aujourd’hui est en ruine, mais la ruine est visible et sert de pont entre hier et aujourd’hui.

La arqueología como nexo de unión entre el pasado y el presente. Dibujo de Juani Medina.

l’archéologie comme lienqui unie passé et présent. Dessin de Juani Medina.

Les édifices occupent un lieu dans l’espace. Ils perdurent dans le temps. Ils peuvent se perpétuer au cours des siècles tels qu’ils étaient, ou souffrir d’une série de transformations. Ils ont l’habitude de supporter des modifications dans leur dessin original, pour des circonstances très différentes. Cela peut être de gravesdégâts, et, en conséquence, ils doivent être restaurés ou partiellement reconstruits. Ils peuvent également changer d’usage ou bien la fonction sociale qu’ils occupaient et devraient alors être adaptés ou réhabilités.

Dans tous les cas, depuis sa construction originale jusqu’à la dernière de ses modifications ou sa destruction ou abandon, l’édifice répond toujours à une logique, compréhensible au travers des traces laissées durant ses phases distinctes.

Ainsi, tant l’édifice comme la ruine sont considérés comme des documents historiques, que nous pourrons lire à travers l’archéologie.

Ruinas de las barbacanas de entrada al poblado de Los Millares (2500-1900 a.C.), Almería, España. © Miguel Busto

Ruines des barbacanes de l’entrée au village Los Millares (2500-1900 av. JC), Almeria, Espagne. © Miguel Busto

L’archéologie au cours des dernières décennies s’est nourrie des avancées et objectifs d’une multitude de disciplines, dont parmi elles l’architecture.

Les ruines et les architectures, tant des sociétés préhistoriques ou des civilisations antiques, comme du Moyen-Âge ou de l’ère industrielle, s’étudient en appliquant la méthode archéologique. Avec elle naîtra ce qu’aujourd’hui nous connaissons comme Archéologie de l’Architecture.

Une ruine n’est pas un résidu inutile, tant que nous nous trouvons devant des espaces qui sont uniques et pour autant créateurs d’identité, étant donné que la configuration qu’ils ont acquise est le fruit de son devenir historique. Les espaces et environnements qui génèrent les ruines peuvent contribuer à comprendre les changements sur les individus et les sociétés.

La ruine, comme relevé architectonique, abrite des espaces d’identité.

 

Roma quanta fuit ipsa ruina docet

(La grandeur de rome ses propres ruines nous la démontrent)

 

Texte: Miguel Busto / Photographie: Miguel Busto /  Ecrit pour AAAA magazine /Traduit par Anne-Claire Bled / Publié le 29 avril 2015