Poesie de l’abandon / Castillo de Sagunto

IMG_8035b

«Quand on construit un bâtiment, il est encore libre de toute servitude, il a une sorte d’élévation spirituelle – pas un brin d’herbe ne peut pousser dans son sillage. Quand il est achevé et en service, on dirait qu’il veut vous raconter l’aventure de sa construction. Mais toutes ses parties verrouillées alors dans leur servitude rendent cette histoire peu intéressante. Quand il n’est plus utilisé et qu’il tombe en ruine, alors réapparaît la merveille de ses commencements : il est bon de le voir enlacé de feuillage, de nouveau élevé en esprit et libéré de servitude». Louis I. Kahn, “Architecture: Silence and light”.

Les ruines ont toujours provoqué une fascination irrationnelle sur l’Homme.Symboles déchus, parfois de la grandeur de civilisations disparues,ce sont des lieux propices à l’imaginaire. Qui n’a pas rêvé étant petit d’explorer un château abandonné, se construisant un monde mental d’aventures ?

Redécouvertes par les architectes lors de voyages initiatiques, les ruines jouent un rôle majeur, encore aujourd’hui,dans la conception de la pensée moderne de l’architecture.Le Corbusier voyagea en Italie, et Kahn « comprit » l’essence de l’architecture en observant les ombres que projetaient les pyramides. L’architecture est una cosa mentale.

Sigue leyendo

La ville sans nom

© Daniel Natoli - Edificaciones improvisadas. Tomada con una Diana F+ con un acople trasero para Polaroid.

©Daniel Natoli–Constructions improvisées, pris avec un Diana F+ avec un fixateur arrière pour Polaroïd.

La ville sans nom est celle qui surgit aux marges de la globalité, dans les banlieues des grandes capitales saccagées, dans les pays productifs, dans les villages qui exportent à prix dérisoire et qui, au contraire, importent beaucoup trop peu.

La ville sans nom se compose de maisons à moitié construites qui s’étendent à perte de vue ;de plaines et collines recouvertes de constructions improvisées, souvent en blocs de bétons, briques ou terre crue, où l’absence de quelconque décor sur leur façade reflète leur dénuement. Ce sont des logements nus, aussi transparents que les visages de ceux qui les habitent, aussi austères que la nourriture même qui s’y cuisine à l’intérieur.

Sigue leyendo

Libérons la ville. Construisons la ville / Réflexions sur La Ville Captive

Situons-nous dans un désert hors du temps. Les hautes dunesinvitent l’œil humain à regarder vers le ciel, vers un abîme azur dont la seule contemplation produit des vertiges nauséeux. Dans l’immensité, un hors-la-loi trace sa route tandis qu’il traîne des pieds. Jusqu’où? Puisqu’il ne fuit pas, il ne s’échappe pas, vers un idéal rigide. «Tôt ou tard je voudrai m’en échapper», se répète-t-il. Non. Le hors-la-loi médite, alors qu’il contemple les deux bandes d’horizon, sans savoir bien vers laquelle des deux pointe la boussole. Dans son dernier souffle, il enterre les genoux dans le sable, les bras tendus vers le ciel. Il veut se fondre dans l’azur, il veut connaître, il veut prétendrearriver à rejoindre les deux immensités. Alors qu’il se sent englouti par le sable, des ailes invisibles l’élèvent. Le triomphe, d’une part, du néant qui s’ouvre sur son chemin, supposerait un enfer infini. Le triomphe du ciel, de ce tout qu’il lui reste à atteindre et qu’il n’arrive pas même à effleurer, bien qu’il agite les doigts en l’air, supposerait quant à lui son annihilation en tant qu’être humain.

Le soleil commença à se coucher, comme si pendant un instant il unissait les deux réalités, un ciel et un enfer, teintant toute chose de la couleur du feu. Le hors-la-loi voulait être ce feu, il voulait le rendre sien, et à partir de là, arriver à intégrer les différentes parties, les deux bandes qui s’ouvraient devant ses yeux et à l’intérieur de lui. Revenu à lui-même, il décida de créer un monde pour lui, un monde à sa mesure. Et, au beau milieu de l’abîme, Caïn fonda la ville d’Hénoch…

Euxseulsunissent le ciel et la terre. © Gemma Manz

Sigue leyendo

Comment parlent les villes?

Music and dancing with Li'l Pat, Peoria Street, 1971. Photo: James Newberry, Chicago History Museum

© James Newberry, Chicago History Museum

Comment parlent les villes ?

Il existe entre l’architecture et l’esthétique un lien inséparable de création et de reconstitution sans fin, de telle sorte que, finalement, le monde esthétique est aussi un paysage. Les formes de la ville, son tracé, la topographie de son sol, les bâtiments qui la composent, apparaissent socialement comme des facteursimportants, à tel point qu’ils sont capables de participer au processus créatif qui s’effectue dans l’art, la musique, la littérature, etc.

La plupart du temps, cette relation est assimilée de manière inconsciente, sur le mode d’une structure tant enracinée dans la ville et ses habitants qu’ils n’arrivent pas à la voir de façon détaillée. D’une part, nous ignorons comment de chaque tracé découle une forme de création particulière, donnée par la sensibilité et les inquiétudes que ces lignes éveillent. D’autre part, nous oublions la capacité de ces espaces matériels à s’introduire dans notre vie, entrelaçant passé et présent, révélant la vie à travers eux mêmes.

Pour cela, si l’on veut savoir comment et pourquoi l’on vit et l’on crée de telle manière, il est indispensable de faire parler les villes, leurs fragments, rues, objets, chaque recoin rempli d’expériences contenues dans les bâtiments, et bien sûr observer comment ces espaces conditionnent ces expériences : ce qui arrive, les identités et leurs significations.

Sigue leyendo

Villes éclatantes

 Colleen Corradi Brannigan

Colleen Corradi Brannigan

Aujourd’hui, j’avais besoin d’écrire. Pour moi, seulement pour moi. Cela faisait longtemps que j’en avais besoin, et je me détestais pour ça. J’avais la solitude, mais je ressentais le vide. J’avais les livres, mais je remplissais mes heures, observant, impassible, la vie des autres. J’avais la jeunesse et l’esprit libre de voler, mais je m’enfermais derrière des barreaux invisibles.

Aujourd’hui, j’ai lu sans hâte, sans but, et l’odeur du papier m’a envoûtée entre les vieux murs de la bibliothèque. J’ai savouré le café et fermé les yeux pour regarder son arôme me caresser la joue, et dans cette obscurité sont apparues les villes éclatantes, légères, montant jusqu’aux nuages encore plus blancs, ondulées par un vent qui joue, qui ment. Des villes qui ne me chantent pas à l’oreille que je les cherchais, parce que dans leur métal resplendit l’éclat d’une chimère. Soudain, la porte s’est ouverte, les yeux ont cligné et j’ai regardé sans voir à travers les barreaux.

Sigue leyendo