Libérons la ville. Construisons la ville / Réflexions sur La Ville Captive

Situons-nous dans un désert hors du temps. Les hautes dunesinvitent l’œil humain à regarder vers le ciel, vers un abîme azur dont la seule contemplation produit des vertiges nauséeux. Dans l’immensité, un hors-la-loi trace sa route tandis qu’il traîne des pieds. Jusqu’où? Puisqu’il ne fuit pas, il ne s’échappe pas, vers un idéal rigide. «Tôt ou tard je voudrai m’en échapper», se répète-t-il. Non. Le hors-la-loi médite, alors qu’il contemple les deux bandes d’horizon, sans savoir bien vers laquelle des deux pointe la boussole. Dans son dernier souffle, il enterre les genoux dans le sable, les bras tendus vers le ciel. Il veut se fondre dans l’azur, il veut connaître, il veut prétendrearriver à rejoindre les deux immensités. Alors qu’il se sent englouti par le sable, des ailes invisibles l’élèvent. Le triomphe, d’une part, du néant qui s’ouvre sur son chemin, supposerait un enfer infini. Le triomphe du ciel, de ce tout qu’il lui reste à atteindre et qu’il n’arrive pas même à effleurer, bien qu’il agite les doigts en l’air, supposerait quant à lui son annihilation en tant qu’être humain.

Le soleil commença à se coucher, comme si pendant un instant il unissait les deux réalités, un ciel et un enfer, teintant toute chose de la couleur du feu. Le hors-la-loi voulait être ce feu, il voulait le rendre sien, et à partir de là, arriver à intégrer les différentes parties, les deux bandes qui s’ouvraient devant ses yeux et à l’intérieur de lui. Revenu à lui-même, il décida de créer un monde pour lui, un monde à sa mesure. Et, au beau milieu de l’abîme, Caïn fonda la ville d’Hénoch…

Euxseulsunissent le ciel et la terre. © Gemma Manz

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Comment parlent les villes?

Music and dancing with Li'l Pat, Peoria Street, 1971. Photo: James Newberry, Chicago History Museum

© James Newberry, Chicago History Museum

Comment parlent les villes ?

Il existe entre l’architecture et l’esthétique un lien inséparable de création et de reconstitution sans fin, de telle sorte que, finalement, le monde esthétique est aussi un paysage. Les formes de la ville, son tracé, la topographie de son sol, les bâtiments qui la composent, apparaissent socialement comme des facteursimportants, à tel point qu’ils sont capables de participer au processus créatif qui s’effectue dans l’art, la musique, la littérature, etc.

La plupart du temps, cette relation est assimilée de manière inconsciente, sur le mode d’une structure tant enracinée dans la ville et ses habitants qu’ils n’arrivent pas à la voir de façon détaillée. D’une part, nous ignorons comment de chaque tracé découle une forme de création particulière, donnée par la sensibilité et les inquiétudes que ces lignes éveillent. D’autre part, nous oublions la capacité de ces espaces matériels à s’introduire dans notre vie, entrelaçant passé et présent, révélant la vie à travers eux mêmes.

Pour cela, si l’on veut savoir comment et pourquoi l’on vit et l’on crée de telle manière, il est indispensable de faire parler les villes, leurs fragments, rues, objets, chaque recoin rempli d’expériences contenues dans les bâtiments, et bien sûr observer comment ces espaces conditionnent ces expériences : ce qui arrive, les identités et leurs significations.

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Villes éclatantes

 Colleen Corradi Brannigan

Colleen Corradi Brannigan

Aujourd’hui, j’avais besoin d’écrire. Pour moi, seulement pour moi. Cela faisait longtemps que j’en avais besoin, et je me détestais pour ça. J’avais la solitude, mais je ressentais le vide. J’avais les livres, mais je remplissais mes heures, observant, impassible, la vie des autres. J’avais la jeunesse et l’esprit libre de voler, mais je m’enfermais derrière des barreaux invisibles.

Aujourd’hui, j’ai lu sans hâte, sans but, et l’odeur du papier m’a envoûtée entre les vieux murs de la bibliothèque. J’ai savouré le café et fermé les yeux pour regarder son arôme me caresser la joue, et dans cette obscurité sont apparues les villes éclatantes, légères, montant jusqu’aux nuages encore plus blancs, ondulées par un vent qui joue, qui ment. Des villes qui ne me chantent pas à l’oreille que je les cherchais, parce que dans leur métal resplendit l’éclat d’une chimère. Soudain, la porte s’est ouverte, les yeux ont cligné et j’ai regardé sans voir à travers les barreaux.

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Que se cache-t-il derrière la ruine?

Ruinas del foro romano, Roma, Italia. © Miguel Busto

Roma, Italia. © Miguel Busto

 A travers cet extrait du poème Ruinas de Salomé Ureña de Henríquez, écrit en 1876, nous nous approchons de la signification et du symbolisme des murs de ces constructions antiques, qui constituent le reste archéologique le plus visible et éternel. Elles sont une source quasi inépuisable d’informations. Les ruines.

 

Memorias venerandas de otros días,

soberbios monumentos,

del pasado esplendor reliquias frías,

donde el arte vertió sus fantasías,

donde el alma expresó sus pensamientos.

Al veros ¡ay! con rapidez que pasma

por la angustiada mente

que sueña con la gloria y se entusiasma

la bella historia de otra edad luciente.

¡Oh Quisqueya! Las ciencias agrupadas

te alzaron en sus hombros

del mundo a las atónitas miradas;

y hoy nos cuenta tus glorias olvidadas

la brisa que solloza en tus escombros.

(…) Que mientras sueño para ti una palma,

y al porvenir caminas,

no más se oprimirá de angustia el alma

cuando contemple en la callada calma

la majestad solemne de tus ruinas.

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Friches urbaines / Valencia

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Aujourd’hui, la ville croît, s’étend, se densifie. Notre époque est celle des grandes métropoles, tentaculaires, dont on ne contrôle parfois plus la croissance, et où se bousculent dans les périphéries les projets urbains les plus démesurés et hors d’échelle. Ironiquement, la ville produit en son sein même des espaces résiduels, en contradiction même avec l’image des grandes mégalopoles.

C’est le cas de Valence, qui ne dérroge pas à la règle des villes espagnoles, où on voit un nombre croissant de délaissés, parcelles abandonnées, vides, apparaître.

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